Dans une entreprise de services, il est possible d’avoir beaucoup d’activité, une équipe occupée et un bon niveau de ventes, sans pour autant avoir une lecture claire de la rentabilité réelle. C’est souvent là que la gestion des travaux en cours, aussi appelés TEC ou WIP en anglais, devient essentielle.
Les travaux en cours représentent la valeur du travail déjà réalisé pour un client, mais qui n’a pas encore été facturé. Autrement dit, l’entreprise a déjà avancé dans le mandat, a déjà engagé du temps et des coûts, mais cette portion de travail n’a pas encore été transformée en revenu facturé.
Dans une entreprise de services, c’est un indicateur important, parce qu’il aide à comprendre ce qui a réellement été livré, ce qui reste à facturer et l’effet concret sur la rentabilité et le cashflow.
Pourquoi c’est important
Quand les TEC sont mal suivis, plusieurs problèmes apparaissent rapidement :
- vous facturez trop tard;
- vous sous-estimez le temps réellement investi dans certains mandats;
- vous découvrez trop tard qu’un projet est moins rentable que prévu;
- votre revenu du mois ne reflète pas vraiment l’avancement réel;
- vous prenez des décisions avec une vision incomplète.
Ce n’est donc pas juste un enjeu comptable. C’est un enjeu de contrôle financier.
Exemple simple de travaux en cours
Vous avez un mandat de 20 000 $.
À la fin du mois :
- 50 % du travail est réalisé;
- vous avez facturé 6 000 $.
La valeur du travail déjà livré est donc :
20 000 $ × 50 % = 10 000 $
Vos travaux en cours sont donc de :
10 000 $ – 6 000 $ = 4 000 $
Autrement dit, vous avez déjà livré pour 4 000 $ de plus que ce que vous avez facturé.
C’est souvent un signal que la facturation ne suit pas le rythme réel des opérations.
Pourquoi ça influence vos décisions
1. La rentabilité d’un mandat
Quand les travaux en cours sont bien suivis, il devient plus facile de voir si un mandat avance au bon rythme par rapport à ce qui a été vendu.
Vous repérez plus rapidement les dossiers où l’équipe investit plus de temps que prévu, où la facturation ne suit pas l’avancement réel ou où la marge commence à se comprimer.
Sans cette lecture, un mandat peut sembler rentable sur papier simplement parce qu’il a été facturé, alors que dans les faits, il consomme plus d’efforts que prévu.
Le suivi des travaux en cours aide donc à détecter plus tôt les écarts et à prendre de meilleures décisions sur la gestion, la tarification ou la priorisation des mandats.
2. Le cashflow
Supposons que vous avez livré pour 80 000 $ de travail dans le mois, mais seulement facturé 62 000 $.
Vos travaux en cours sont donc de :
80 000 $ – 62 000 $ = 18 000 $
Cela veut dire que 18 000 $ de valeur a déjà été livrée, mais n’est pas encore entrée dans votre cycle de facturation.
C’est souvent une des raisons pour lesquelles une entreprise en croissance sent de la pression sur son cashflow, même quand l’équipe produit beaucoup.
L’analyse inverse : le perçu d’avance
À l’inverse des travaux en cours, il arrive qu’une entreprise facture ou encaisse avant de livrer le travail.
C’est généralement bon pour le cashflow, mais il faut bien l’analyser pour ne pas surestimer la performance du mois.
Exemple simple
Vous facturez 12 000 $ d’avance pour un mandat.
À la fin du mois, seulement 25 % du travail est réalisé.
La valeur réellement livrée est donc :
12 000 $ × 25 % = 3 000 $
Vous avez encaissé 12 000 $, mais seulement 3 000 $ sont réellement gagnés à ce stade.
La différence de 9 000 $ devient un perçu d’avance.
Calcul :
12 000 $ encaissés – 3 000 $ livrés = 9 000 $ de perçu d’avance
Ici, l’analyse est l’inverse des travaux en cours :
- avec des travaux en cours, vous avez livré plus que facturé;
- avec un perçu d’avance, vous avez facturé ou encaissé plus que livré.
En résumé
Bien gérer les travaux en cours permet de mieux comprendre :
- ce qui a réellement été livré;
- ce qui reste à facturer;
- quels mandats dérapent;
- pourquoi le cashflow est plus serré que prévu;
- si vos revenus du mois reflètent vraiment vos opérations.
Et lorsqu’il y a du perçu d’avance, il faut faire l’analyse inverse : le cash est là, mais tout n’est pas encore gagné.
Dans une entreprise de services, bien suivre les travaux en cours permet d’avoir des chiffres plus utiles pour piloter la croissance avec confiance.